Un antidiabétique pour traiter les infections graves dans une maladie rare
02/05/2020

Les neutrophiles sont les globules blancs qui servent à tuer les bactéries. Dans certaines maladies, le nombre de neutrophiles présents dans le sang est diminué (on parle de ‘neutropénie’) et ceci a pour conséquence que les patients atteints de ces maladies font plus facilement des infections graves. C’est le cas d’une maladie métabolique appelée glycogénose de type Ib. Ce n’est que tout récemment que la cause de la neutropénie dans cette maladie, mais également dans une deuxième maladie rare apparentée, a été comprise par l’équipe dirigée par les professeurs Maria Veiga-da-Cunha et Emile Van Schaftingen à l’Institut de Duve (Université catholique de Louvain) et publié en 2019 dans la revue PNAS.

 Ces chercheurs ont montré que les neutrophiles de ces malades sont intoxiqués par un dérivé phosphorylé d’une molécule ressemblant au glucose (le 1-désoxyglucose) que nous avons tous dans le sang. Le défaut génétique présent chez les patients atteints de cette maladie fait que le dérivé phosphorylé du 1-désoxyglucose s’accumule et perturbe profondément le métabolisme des neutrophiles. Sur base de cette découverte, ces chercheurs ont proposé de traiter cette maladie avec un médicament antidiabétique qui abaisse la concentration de glucose dans le sang en augmentant son élimination dans les urines. Ce médicament provoque aussi l’élimination du 1-désoxyglucose et entraîne donc un abaissement de sa concentration dans le sang. Logiquement, ce médicament doit donc diminuer l’accumulation du dérivé toxique du 1-désoxyglucose dans les neutrophiles. Des expériences faites sur souris ont montré qu’il en était bien ainsi.

 Dans un article qui vient de paraître dans la revue Blood, l’équipe de l’UCL, en collaboration avec des cliniciens d’Autriche, des Etats-Unis et des Pays-Bas, montre que ce traitement révolutionnaire fonctionne chez les patients. Ceux-ci (quatre au total) présentaient des infections récurrentes de la bouche, de l’intestin et/ou de la peau, avec impossibilité pour certains d’entre eux d’arriver à se nourrir normalement, avec des diarrhées persistantes et/ou des plaies surinfectées qui ne cicatrisaient pas. L’administration de l’antidiabétique a fait disparaître, ou pratiquement  disparaître, ces symptômes en quelques semaines. Le nombre de neutrophiles dans le sang s’est stabilisé et surtout, les neutrophiles ont récupéré leur capacité de s’attaquer efficacement aux bactéries.

 De nombreux autres patients atteints des deux neutropénies rares apparentées sont actuellement traités dans le monde sur base des découvertes faites par l’équipe de l’Institut de Duve. Les recherches menant à ces découvertes ont été soutenues financièrement par diverses sources de financement (le FNRS, UCLouvain, l’Institut de Duve), et tout particulièrement par WELBIO. “Cette étude marque une étape clef pour WELBIO”, souligne Pierre Van Renterghem, Directeur Général de WELBIO, l’institut wallon de recherche d’excellence dans les domaines des sciences de la vie. “Des patients bénéficient aujourd’hui d’un traitement qui n’a pu être imaginé que grâce à des découvertes fondamentales concernant le métabolisme intermédiaire, effectuées dans le cadre d’un projet de recherche soutenu par WELBIO. Moins de 10 ans après le démarrage de nos activités, il s’agit du premier de nos projets où les chercheurs passent avec succès de la recherche fondamentale au traitement de patients“

 Source: Institut de Duve (Université catholique de Louvain)

 Référence : Wortmann, S. B., Van Hove, J. L. K., Derks, T. G. J., Chevalier, N., Knight, V., Koller, A., … Veiga-da-Cunha, M. (2020). Treating neutropenia and neutrophil dysfunction in glycogen storage disease IB with an SGLT2-inhibitor. Blood. https://doi.org/10.1182/blood.2019004465


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